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Il pèse à peine quelques livres, se gonfle en quelques minutes et se range facilement dans un sac à dos ou dans le coffre d’une voiture. Mais une fois sur la rivière, le packraft devient un véritable bateau d’eau vive. De la Mistassibi à la Jacques-Cartier, cette embarcation légère et stable ouvre la voie aux plaisirs des rapides, même pour des participants qui n’ont jamais tenu une pagaie.

Casque sur la tête, veste de flottaison bien ajustée et pagaie en main, Jacob Dugas s’apprête à vivre une première. À 17 ans, il n’a jamais descendu de rapides. Devant lui, la rivière Mistassibi déroule une succession de rapides et de grosses vagues. Sous lui, un petit bateau gonflable individuel: un packraft.

«C’est la première fois que je vais descendre des rapides», lance le jeune homme avant le départ. Quelques heures plus tard, après une initiation sur l’eau et la descente de passages de difficulté R2 et R3, le verdict est clair. «C’est vraiment le fun. Ça se contrôle super bien, même si je n’avais aucune expérience.»

Stable dès les premiers coups de pagaie

Pour Daniel Munger, le guide de kayak et propriétaire de l’école de Kayak Ho’omau, le packraft constitue une façon accessible d’entrer dans l’univers de l’eau vive.

«C’est une embarcation pneumatique individuelle extrêmement stable et utilitaire. Ça chavire pratiquement pas. C’est idéal pour initier les gens à l’eau vive avec une bonne dose d’adrénaline de manière sécuritaire», explique l’entrepreneur qui offre l’activité depuis quatre ans.

L’intérêt, selon lui, tient notamment à la rapidité avec laquelle les participants deviennent fonctionnels sur l’eau. Une courte séance suffit pour apprendre à pagayer, à suivre un guide et à s’engager dans une section choisie en fonction du groupe.

«En une dizaine de minutes, les gens ont les bases. Après ça, ils peuvent être autonomes et descendre la rivière dans leur propre bateau», résume-t-il.

Cette formule attire les familles, les jeunes et les personnes qui souhaitent essayer une activité estivale sans devoir suivre plusieurs journées de formation. Après une initiation dans la section familiale, ceux qui veulent encore plus d’adrénaline peuvent descendre de plus gros rapides dans la section eaux vives.

Une embarcation qui prend sa place

À Pont-Rouge, Rivière Concept connait également une forte croissance grâce aux descentes de la rivière Jacques-Cartier en kayak gonflable. Au départ, l’entreprise misait sur des packrafts ultralégers qui pèsent de 3 à 4 kilogrammes, mais elle a changé pour des modèles de kayaks gonflables plus robustes et plus lourds pour limiter les bris sur les roches coupantes. Le concept demeure toutefois le même, alors que des néophytes peuvent facilement s’attaquer aux rapides.

«Ça change complètement l’expérience de rivière. Les gens trippent parce qu’ils sont autonomes et qu’ils n’ont pas besoin de se casser la tête avec une longue formation. Ils ont du plaisir dès la première journée», explique Alex Dubreuil, le propriétaire de l’entreprise qui en est à sa sixième année d’opération.

L’entreprise propose une descente d’environ 10 kilomètres entre Pont-Rouge et Donnacona, dans des rapides de classe 1, 2 et 3. Le caractère autovideur des embarcations contribue aussi à leur facilité d’usage. Lorsqu’une vague remplit le bateau, l’eau s’évacue graduellement par le fond. En cas de chavirage, il est possible de remonter à bord au fil de l’eau, sous la supervision du guide.

Rivière Concept dispose maintenant d’une trentaine de kayaks gonflables et peut accueillir jusqu’à une soixantaine de personnes par jour. Alex Dubreuil affirme que l’achalandage du segment augmente de 50 % par année depuis ses débuts.

De la randonnée à la rivière

Selon l’aventurier Frédéric Dion, le packraft connaitra le même essor que la planche à pagaie au cours des prochaines années, car il est facile à ranger, à transporter et il permet d’ouvrir de nouvelles possibilités.

«Le bateau ne pèse presque rien et il donne accès à plein d’endroits. On le met dans la valise, on trouve un beau point de mise à l’eau et on peut partir», raconte-t-il, alors qu’il faisait un voyage de repérage en Norvège… avec son packraft.

Avec un packraft, l’aventure prend une nouvelle dimension, car son poids et sa taille permettent de le transporter n’importe où. Les cours d’eau, qui pouvaient être des obstacles, deviennent de nouvelles possibilités de découverte et d’itinéraire.

«J’aime beaucoup faire du camping et avoir la liberté d’aller où je veux, dit-il. Le packraft ouvre l’accès aux cours d’eau.»

Guide d’expédition, Frédéric Dion a utilisé ce type d’embarcation dans plusieurs pays, notamment en Bolivie, en Norvège, aux États-Unis, ainsi qu’au Yukon et en Colombie-Britannique. Au Québec, il évoque entre autres des expéditions sur la rivière Matawin et les possibilités offertes par les rivières Rouge, Batiscan, du Moine et Saint-Maurice, selon les compétences des pagayeurs.

Il a aussi lancé sa propre ligne de packrafts, D Packraft, avec l’objectif d’offrir des embarcations ultralégères conçues pour les rapides à un prix plus accessible. Les premiers modèles haut de gamme qu’il convoitait pouvaient coûter autour de 2500 $. Il voulait proposer une option comparable à environ 1000 $ de moins.

Une démocratisation, avec prudence

La facilité d’accès ne doit toutefois pas faire oublier les règles de sécurité. Un packraft stable demeure une embarcation d’eau vive, et la rivière ne pardonne pas l’improvisation.

«C’est un bateau extraordinaire, mais il faut apprendre à lire la rivière et à descendre un rapide. Il faut savoir réagir en cas d’urgence et à nager un rapide au besoin», prévient Frédéric Dion.

Le choix de la rivière, le niveau d’eau, la météo, l’équipement de sécurité et la capacité à évaluer un passage demeurent essentiels. Les débutants ont intérêt à commencer avec une sortie guidée sur un tronçon adapté, plutôt que de se lancer seuls dans une rivière inconnue.

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